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COPPELIA


Sloop Des Pertuis Charentais

Historique



Tout commence par un coup de téléphone : «Bonjour, c’est Pierrot. Je connais un bateau qui pourrait t’intéresser ; il est peut être à vendre... Il est sur corps mort au Chapus, à basse mer il pose sur la vase, son propriétaire ne l’utilise plus, son nom est Coppélia…». La météo n’est pas très favorable je renonce à la visite prévue.

Deuxième coup de téléphone, le lendemain du coup de vent qui a violemment soufflé toute la nuit. (9 novembre 1997) «Salut c’est Pierrot : le bateau dont je t’ai parlé, et bien, il est à la côte ...».

Dès le lendemain je me rends sur place. Bourcefranc-le Chapus : Les ostréiculteurs ont établi leurs cabanes tout le long de la côte. J’ai beau chercher dans la zone probable de l’échouage je ne trouve pas de bateau. Nombreuses questions suivies d’un «j’sais pas» puis enfin quelques maigres renseignements, le bateau s’est échoué dans les tables, parcs et bassins, leur occasionnant quelques dégâts, mais surtout les superstructures ont étés arrachées, le pavois est éclaté et plusieurs bordés ont cédés.J’apprends enfin que, profitant de la marée haute, les riverains ont déséchoué Coppélia et l’ont remorqué jusqu’à l’île de Nôle, où ils l’ont remonté le plus haut possible.

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D’où je suis, je peux enfin apercevoir la coque couchée sur le flanc, mais la mer a remonté, la nuit approche, ce sera pour un autre jour… L’île de Nôle est occupé par quelques claires et une cabane à l’abandon, un passage à travers la vase permet d’aborder par l’extrémité ouest. Coppélia gît à l’autre bout à quelques centaines de mètres.

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A mesure que je m’approche, je suis frappé par la taille (la coque mesure 11 m 36 de bout en bout) la silhouette est élégante, et son arrière rond me plait. Enfin, je peux toucher cette coque en piètre état.

Le bateau est relativement creux, le tiers avant est occupé par un vieux Baudoin qui a malheureusement perdu toute chance de pouvoir être remis en état. Tout les hauts, en sapin sont pourris, pont, barrots, pavois, jambettes, tout est à refaire. La coque, bordée en chêne semble malgré tout en état et les membrures paraissent saines.

Avant d’aller plus avant dans mon projet il faut que je prenne l’avis d’un spécialiste. De ce premier contact, je reviens indécis. C’était un beau bateau, il aurait du être restauré il y a déjà quatre ou cinq ans. Des ostréiculteurs du voisinage m’apprennent qu’une première fois Coppélia est allé à la côte, réparé, il est ramené à son mouillage, mais déjà le moteur ne fonctionne plus. Son propriétaire, à la retraite, malade, ne peut plus l’entretenir, mais il ne veut pas se séparer de son outil de travail.

A ma première rencontre avec les propriétaires je ressens la douleur qu’ils ont à se séparer de leur bateau, gravement malade, Monsieur Goëlo accepte finalement de me céder Coppélia mais les conditions sont impératives :

" Ne pas lui changer son nom, le garder dans la région, mais surtout, ne pas le revendre et si la coque ne peut être sauvée, ne pas le brûler."

Plusieurs offres avaient étés faites pour sauvegarder Coppélia mais aucune n’avait séduit son propriétaire. Je reste la dernière chance pour le navire…

Je contacte Michel Laly du chantier du même nom, établi baie de la Grognasse tout près de Nôle, il veut bien «jeter un oeil», voir ce qu’il est possible de faire ...

Un ostréiculteur riverain me prete grâcieusement une lasse motorisée me permettant de me rendre sur l'épave. Mes enfants viennent me donner un coup de main à nettoyer. Je décide de remettre le bateau à flot et de le remorquer jusqu’au chantier où il sera plus facile de voir ce qu’on peut faire.

Les fonds, perforés sur tribord arrière, sont grossièrement réparés ; une petite plaque de contreplaqué de 5 mm et une cartouche de sika suffisent à obturer la voie d’eau. Nous sommes déjà au mois de mars, la marée offre un coefficient qui devrait permettre d’avoir suffisamment d’eau pour sortir Coppélia de son inconfortable position.

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Le samedi 29 mars 1998, tout est en place, le motopompe suffit largement à étaler les entrées d’eau qui ne manquent pas. L’heure de la pleine mer approche ; sous nos pieds, nous sentons la coque se redresser, le pont est enfin de niveau. A l’aide d’un fort palan frappé sur l’orin d’une ancre que nous avons mouillée dans le chenal, nous pouvons maintenant éviter la coque, mais nos efforts ne sont pas suffisants pour déhaler le bateau. La quille reste profondément engagée dans la vase. Le niveau de l’eau reste très en dessous de sa cote théorique, le beau temps qui règne ne nous aide pas.

Le lendemain, la situation reste la même, il faut se résoudre à renoncer. Mon emploi du temps ne me permet pas de remettre Coppélia à flot avant l’été, et surtout, les marées ne sont plus favorables. Ce n’est seulement qu’en automne que je tenterais à nouveau l’opération.

Entre temps l’été est passé, les bordés se sont disjoints, le calfatage s’échappe maintenant en grande longueur, il faut procéderà quelques obturations de fortune. Pour assurer la manœuvre, nous avons creusé un chenal dans la vase à travers les anciennes claires sur une vingtaine de mètres de long, un petit mètre de large et profond d’une trentaine de centimètres, pour que la quille puisse glisser avec moins de difficultés. Le palan est frappé dans l’axe du chenal que nous avons creusé et balisé avec des perches. En complément, un ostréiculteur me prête son chaland pour tirer Coppélia.

La manœuvre s’engage comme prévue, heureusement j’ai un motopompe surdimensionné, l’eau gicle par toutes les coutures et par endroits se sont de véritables geysers, de vieux chiffons découpés en longues bandelettes et enfoncés dans les coutures permettent d’obstruer une partie des entrées d’eau ; de la vase, bien grasse, sert également à calfater les joints béants.

Le niveau de l’eau semble maintenant stabilisé aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur. L’heure de la pleine mer est là et nous aussi, le chaland donne toute sa puissance et arc-bouté sur le courrant du palan, mes équipiers donnent toutes leurs forces ; nous sommes toujours scotchés dans la claire.

Voyant nos efforts, un ostréiculteur riverain vient nous prêter main forte. Il nous passe une remorque, se place en flèche et met les gaz. Les deux chalands donnent toute la puissance de leur moteur ; tirant, tractant, combinant tous nos efforts, la coque de Coppélia bouge de quelques centimètres, en lui faisant accomplir quelques mouvements de roulis nous arrivons à la libérer du fond, enfin elle glisse et retrouve son élément tout en douceur.

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A l’ancre dans le milieu du chenal, Coppélia a de nouveau l’allure d’un bateau. Avant de déplacer la coque de l’autre coté de la pointe du Chapus, je refais le plein d’essence du motopompe, car s’il venait à s’arrêter j’ai la certitude que nous ne flotterions pas longtemps. Remorqué par une lasse motorisée nous rallions en une petite demi-heure la baie de la Grognasse.

L’étrave de Coppélia surmontée par les mines réjouies de mes équipiers reste un souvenir très plaisant. Pendant que je conduis notre équipage, je m’imagine déjà à la barre d’un bateau entièrement rénové en route dans les courreaux. Il a été convenu que j’échouerai Coppélia devant le chantier sur un fond de vase couvert de salicornes. Cela fait près d’un an que Coppélia attend que l’on s’occupe d’elle.

Le plan de charge du chantier est déjà bien rempli, rien n’est entrepris durant l’hiver 1998 /1999. Dès les beaux jours, nous démontons le pont qui est complètement pourri et qui menace de s’ouvrir sous chacun de nos pas. Profitant d’une marrée favorable le bateau est amené sur le ber puis tiré à terre. Nous déposons le moteur bloqué par la rouille et tout ce qui est irrécupérable. Le brûlage des vieilles peintures laisse une coque à nue débarrassée de toutes saletés et nous permet d’y voir clair. Le devis est plus élevé que prévu, comme prévu ; mais tout est possible si je ne suis pas trop pressé et que je fais une partie des travaux moi-même.

Et le temps passe à nouveau… L’intérieur de la coque est soigneusement lavé, nettoyé, gratté… puis toutes les membrures passées au minium de plomb afin de les protéger en attendant l’hiver, période à laquelle les travaux pourront commencer.

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Décembre 1999, tous s’en souviennent : la tempête… Coppélia bien au sec dans le hangar est ressorti dehors. Des dizaines de bateaux de pêche ont souffert, il est urgent et impératif de les remettre en état de reprendre la mer… Et un hiver passe, puis le printemps, l’été est déjà bien avancé quand Coppélia entre à nouveau à l’abri sous le hangar mais les travaux ne commencent qu’en novembre 2000. Quel soulagement quant Michel Laly me téléphone pour me dire : «Bon alors, tu viens quand pour étaler le minium et faire tes bricoles !»

Finalement les travaux tiennent en peu de mots : Remplacer le bordage de la quille à la préceinte, du chêne de 30 mm sera utilisé. Le barrotage est également à refaire ainsi que les pavois. Les travaux sont effectués par le chantier au gré des creux du plan de charge.

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Le mois de janvier 2001 arrive. Aidé par Serge et les enfants je me suis réservé la réalisation du pont. Un lot de pin d’Oregon relativement sec que j’ai acheté à un marchand de bois de La Rochelle est déligné puis raboté avant d’être posé par nos soins sous l’œil attentif des «Pros». La pose des jambettes et du pavois à été réalisée par Alain ce qui nous assure un travail bien fait et un gain de temps notable. Les jours passent rapidement et le pont n’est pas terminé, le SIKA que j’ai commandé n’est toujours pas arrivé… Ce n’est que le 30 avril 2001 que je termine les joints du pont.

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Mon emploi du temps ne me laisse que les fins de semaine pour bricoler et le temps passe trop vite . Pendant les périodes où je ne suis pas au chantier, je m’occupe de remettre en état le moteur. C’est un MWM 70 CV que j’ai acheté à bas prix ; en fait j’ai deux moteurs, ils motorisaient «La Fée des Iles» une vedette de promenade en mer remotorisée récemment. En bricolant un peu, j’arrive à obtenir un ensemble moteur-embrayeur-réducteur en état.

Une bande molle réalisée avec des fers plats de 50x100 posés en double est fixée sous la quille. Elle servira de lest, 700 kg, et augmentera la surface du plan anti-dérive. Déjà l’été est là . Durant les mois qui suivent je confectionne les roofs et capots de descentes qui sont mis en place fin janvier.

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Une année de plus est passée . Enfin le moteur est placé le 16 février 2002, puis la ligne d’arbre et enfin un nouveau safran. Mars et avril, peinture; confection et pose de l’échappement.

Le 27 avril 2002 c’est le grand jour, Coppélia est remis à l’eau. Tous ceux qui m’ont apporté leur aide sont venus pour l’occasion et une petite collation nous permet de fêter dignement l’événement. Madame Goëlo, veuve de l’ancien propriétaire, est-elle aussi présente. C’est avec une certaine émotion qu’elle assiste à cette renaissance. Après une quinzaine de jours passés au port du Chapus, pour quelques essais et la mise en place des jumelles, vient enfin le moment d’entreprendre notre première traversée vers La Rochelle.

Effectuée par bonne brise, Coppélia passe allègrement dans le fort clapot ce qui confirme ses qualités marines et me remplit de joie.

mise a l'eau

Coppélia est enfin à La Rochelle, j'ai obtenu une place dans la darse du slipway deriere la Calypso en attente de devenir.

Durant le mois d’août une sortie en mer d’une petite semaine nous récompense de nos efforts Le long des cotes de l’île de Ré nous goûtons enfin un peu au plaisir et nous étudions la suite des aménagements .

J’ai réussi à obtenir un poteau en pin d’une longueur suffisante (12m) et c’est dans le jardin, que je taille, rabote, perce, ponce ce morceau de bois grossier afin d’en obtenir un espar digne du nom de mat. Il ne sera mis en place que le 1er janvier 2003. Le transport d’une pièce de bois de cette longueur n’est pas chose aisée, et c’est un transport quelque peu exceptionnel qui circule cet après midi là. Imaginez une voiture attelée d’une remorque chargée d’un tel espar. J'ai solicité l'aide de mes enfants qui apres un nouvel an agité sont plein d'energie pour embarquer le mat sur Coppélia.

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La mise à poste sur Coppélia se passe sans aucun problème, le pied de mat, positionné entre ses deux jumelles qui guident l’ensemble, est relevé à l’aide d’un fort palan frappé sur la structure du roulève voisin. Les haubans sont ridés sur des cap de moutons et des cadènes de notre fabrication, l’ensemble se comporte plutôt bien.

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La bôme est obtenue dans un poteau «type EDF», le pic lui dans un poteau «type PTT» l’ensemble prend forme dans le jardin, seule la pelouse souffre un peu de cette réalisation, les copeaux saturés de créosote n’ont pas la réputation d’être un excellent engrais. La peau des apprentis gréeurs présente également des rougeurs qui ne sont pas dues uniquement au soleil… Le transport ne présente pas de difficulté particulière, la galerie du break Nevada utilisé ayant vaillamment supporté le poids et les huit mètres de la bôme. La chance nous a elle, préservée de toutes rencontres malvenues.

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La caisse à gazole de 230 litres, réalisée sur mesure, est positionnée en pied de mat sur bâbord, dans la cale. Le plan de voilure finalement arrêté après un nombre considérable de projets a été confié pour devis à plusieurs voiliers qui n’ont pas manifesté de désapprobation. Les voiles ont été confectionnées par la voilerie TAROT des Sables d’Olonnes , livrées à la date prévue et superbement réalisées, leur mise en place marque la fin d’un dur labeur.

Après accord du quartier maritime, nous sommes autorisés à effectuer des essais à la mer par beau temps. Quelle joie, nous sommes très exactement le 1er août 2003 et nous sommes en congés. Les aménagements ne sont pas terminés mais ce n’est pas un problème. Nous pouvons enfin profiter du bateau et nous sommes payés de tous nos efforts. L’été 2003 est l’un des plus beau de ces dernières années et nous le mettons à profit pour effectuer les réglages et les modifications nécessaires. Nous pouvons également cogiter les prochains travaux à réaliser…

Courant Novembre, le bateau est hissé à terre pour carénage et nous remplaçons la ligne d’arbre qui vraiment est au bout du rouleau . Le reste de l’année est consacré à des petits travaux et à la réalisation d’une partie des aménagements.

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Le 24 Décembre 2003 le procès-verbal de visite spéciale du navire Coppélia est rédigé; attestant à nouveau son aptitude à la navigation. Sloop ostréicole construit en plein essor de l’ostréiculture, il est représentatif des navires en bois, à la fois navires de pêche et navires de charge qui jusque dans les années 80 ont contribués à donner à l’huître de Marennes-Oléron ses lettres de noblesses. Remplacés par les chalands aluminium, les derniers bateaux ostréicoles en bois qui naviguent encore ne sont que peu entretenus. Il aurait pu finir épave sur l’île de Nôle et quelques amateurs auraient alors relevé ses formes et façons en regrettant le temps où il naviguait. Mais il navigue encore, tel les anciens sloops ostréicoles de la génération précédente, pour le plus grand plaisir de son équipage et des amoureux des voiliers de tradition.